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Alternatives au glyphosate pour la gestion des vivaces

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Synthèse


Actualité publiée le : 21/06/2019 Culture : Grandes Cultures Source : Arvalis - Terres Inovia - ACTA - APCA / Auteur : Ludovic Bonin Références : Article du Centre de ressource Glyphosate - Juin 2019

L’une des utilisations essentielles de glyphosate est la gestion des vivaces – surtout en interculture. Il est vrai que les adventices pérennes étaient peu ou très mal contrôlées avant l’arrivée du glyphosate (Sebillotte, 1970). C’était le cas par exemple du chiendent qui posait de véritables soucis en cultures céréalières.

Sans glyphosate, les seuls recours disponibles seront axés prioritairement sur le travail du sol, l’implantation de couverts, les fauches, etc… et bien sûr les quelques herbicides restants disponibles et efficaces. L’objectif de ces méthodes, utilisées seules ou en combinaisons sera de limiter les possibilités de re-développement des pieds. La plupart des vivaces que nous aborderons sont printanières (émergence en avril, développement en mai-juin et repos végétatif durant l’hiver). Les principales actions auront lieu durant les phases de développement végétatif  et en été. Malheureusement, beaucoup de ces méthodes sont complémentaires sans se substituer au glyphosate. Les méthodes de prophylaxie sont donc préconisées, et la diminution du stock semencier fait l'objet d'une synthèse sur ce centre de ressource.

 

Chardon des champs (Cirsium arvense) :

La gestion du chardon des champs est extrêmement délicate avec une seule technique. Seule une combinaison de moyens permet de contenir efficacement les populations. Comme indiqué plus haut, le chardon est une adventice de « jours longs », avec une émergence en avril (voire mars en fonction des températures du sol), un développement végétatif courant mai dans une céréale par exemple. En rotation de grandes cultures, le seul moment d’intervention, hors herbicides en culture, est en interculture.

Travail du sol

Globalement, le labour a tendance à freiner le développement du chardon (à l’inverse des techniques sans inversion de sol). Il est toutefois nécessaire de labourer à profondeur suffisante (> 20 cm), certaines études ayant montré une régénération plus rapide et une survie importante des rhizomes en cas de retournement à seulement 10 cm. Néanmoins, le labour seul n’est pas suffisant pour gérer le chardon (Agridea, 2007). Consultez la fiche technique GECO : Répartir les labours dans la rotation

Les passages multiples en interculture d’été (déchaumage profond en privilégiant les outils à dents)  peuvent « casser » le système racinaire mais ne l’éliminent pas. Au contraire, cela peut s’avérer un facteur de fractionnement et multiplication des populations. Si une telle stratégie est mise en œuvre, il est essentiel de multiplier les passages, environ toutes les 3 semaines, afin de laisser les plantules émerger de nouveau avant de les sectionner et les faire sécher, affaiblissant ainsi le système racinaire (Sciegienka et al., 2011). Le contexte de gestion des populations de chardon avant culture de printemps (tournesol, maïs, etc…) est beaucoup plus compliqué. Les levées étant quasi concomitantes avec la culture, les modalités de travail du sol avant implantation auront peu d’impact. Elles peuvent même s’avérer défavorables à la culture (tassement, assèchement de surface) pour son implantation.

Fauche / Tonte

Cette technique n’est bien entendu mise en œuvre qu’en situation de luzerne ou prairie. Au même titre que les passages multiples d’interculture, une implantation pérenne (luzerne ou prairie) permettra d’envisager des fauches successives, sur plusieurs campagnes, qui vont affaiblir le système racinaire du chardon et sa capacité à se régénérer. Ainsi, une luzerne, fauchée deux fois par an, sur 4 ans permet de contrôler presque parfaitement une infestation de chardon (Moore, 1975). La valorisation des luzernes ou prairies, en dehors d’un cadre de polyculture-élevage est un frein.

 

Liserons (Convolvulus arvensis et Calystegia sepium) :

Comme le chardon, les différentes espèces de liserons (Liseron des champs, Liseron des haies) communément rencontrées en grandes cultures sont printanières. Elles restent dormantes jusqu’en mars et vont émerger durant avril, mai avec une levée quasi-totale en juin pour les 2 espèces citées.

 

Travail du sol

La lutte mécanique superficielle, comme évoquée dans le cas du chardon présente des risques évidents de fractionnement et multiplication de l’espèce. Si une telle technique venait à être mise en œuvre, le principe est le même qu’en chardon, à savoir multiplier les passages. Les nouvelles pousses apparaitront régulièrement et un passage toutes les 3 semaines est à envisager.

Le labour présente également un intérêt non négligeable sans que celui-ci soit éradiquant. En enfouissant profondément les rhizomes, les capacités de régénération des liserons sont sollicités, affaiblissant les plantes (Willeke et al, 2012). Consultez la fiche technique GECO : Répartir les labours dans la rotation

 

 

 

Rumex (Rumex obtusifolius, Rumex crispus:

La stratégie par épuisement est également la seule méthode non chimique efficace (ou la moins mauvaise) pour gérer les populations de rumex. Le principe reste le même quelques soit les vivaces :  fauche ou coupe des collets en surface, et déraciner le pivot (voire l’exporter avec une herse étrille). Ces méthodes sont surtout valables pour des rumex implantés ; Sur des rumex de semis, les faux semis de printemps ou d’automne (car les rumex peuvent également germer en automne) peuvent apporter des efficacités non négligeables. Consultez la fiche technique GECO : Réaliser des faux-semis pendant l'interculture.

Le projet CASDAR CAPABLE s'intéresse à la gestion des chardons et rumex en grande culture biologique, avec l'objectif de concevoir, caractériser et évaluer des stratégies de contrôle des chardons ou des rumex dans les systèmes de grande culture biologiques, et de fournir les clés aux producteurs pour les aider à déterminer les meilleures combinaisons de pratiques à mobiliser pour maîtriser chardons et rumex en fonction de leur situation (système de culture, sol, climat, matériel disponible et niveau initial d’infestation).
 

Déchaumages/sclapages

Les passages répétés – toutes les 2 semaines environ – seront les plus efficaces, avec une attention particulière apportée au sclapage des collets. Il s’agit de la zone très superficielle (jusqu’à 7 cm de profondeur) du pivot qui permet à la plante de se régénérer. Une fois les collets sclapés, il convient de passer successivement pour arracher le pivot – si possible – et surtout éviter un repiquage à partir du collet sclapé ou du pivot déraciné. Les pivots présentent de réelles capacités de régénération, même en profondeur. De fait, un labour, printanier ou automnal sera peu efficace.

 

Fauches

En situation de polyculture-élevage, les fauches de prairies avant la production de graines permettent de limiter l’extension des populations. Il convient aussi de veiller au pâturage (pas de surpâturage, réaliser des sur-semis si nécessaire afin de combler les zones de manque).

 

Chiendent (Elymus/ Elytrigia repens) et sorgho d'Alep (Sorgum halepense) :

Le chiendent était très préjudiciable dans les cultures céréalières par le passé ; Elle faisait partie des espèces dominantes en blé, avec l’agrotis stolonifère, le cynodon et l’avoine à chapelet (le vulpin n’est vraiment apparu qu’avec l’essor des engrais minéraux et des herbicides antidicotylédones) (Gasquez et Delos, 2016). Le Sorgho d’Alep, graminée vivace très présente dans le sud-Ouest, se développe préférentiellement en culture estivale sur sols profonds et peu poser de réels problèmes de pression et de nuisibilité en absence de rotation. De fait, l’utilisation du glyphosate a permis de limiter leur extension et, dans de nombreuses parcelles, leur éradication. Sans glyphosate, les possibilités de lutte non chimique sont très limitées.

Lutte mécanique

Les passages successifs – comme toutes les autres vivaces – en interculture d’été est un moyen de lutte non négligeable contre le chiendent (Agridea, 2008) et le sorgho d'Alep. Le meilleur moment pour le contrôle reste la période de juillet-aout, après la récolte des céréales, avec des passages répétés, en conditions sèches. Idéalement, il serait  préférable de combiner ces passages avec une « extraction – extirpation » des rhizomes de la parcelle. Consultez la fiche technique GECO : Réaliser un travail du sol superficiel après la récolte

Le labour peut enfouir les rhizomes et limiter le développement du chiendent, sans toutefois l’éradiquer. Il serait préférable de recourir aux labours d’automne/hiver plutôt que de printemps. Idéalement, la lutte sera combinée avec des déchaumages en conditions sèches (dessèchement de surface des rhizomes) puis un enfouissement profond par labour à l’automne. Consultez la fiche technique GECO : Répartir les labours dans la rotation

Les cultures étouffantes/couverts

Globalement, les installations de chiendent dans une parcelle sont favorisées par les cultures peu « étouffantes » ou couvrantes. Ainsi les céréales à paille sont très sujettes à la multiplication de cette vivace. Les couverts d’interculture, à condition qu’ils soient bien implantés et se développent rapidement peuvent participer au contrôle du chiendent. L’implantation d’un couvert gélif, permettra dans l’idéal la destruction du couvert par le gel sans devoir intervenir. Mais le gel est aléatoire, et dépendant de la situation géographique de l’exploitation. Cette utilisation d’un couvert gélif est décrite techniquement et illustrée dans une fiche technique GECO : Implanter des espèces gélives en interculture. Le projet CASDAR VANCOUVER a pour objectif de quantifier le potentiel et la robustesse de la régulation biologique des couverts sur la flore adventice, et leurs effets à l'échelle de la culture et du système de culture.

 

En conclusion

La lutte contre les vivaces sans glyphosate reposera essentiellement sur les passages répétés d’outils en interculture, combinés à des travaux plus profonds (labour). Ces méthodes de lutte ne se substituent pas au glyphosate car elles ne sont que d’efficacités partielles. Des ajustements en termes de rotation, dates de semis peuvent également apporter un plus sur la gestion, sans toutefois permettre de contrôler totalement ces espèces. Le désherbage mécanique en culture (herse étrille, bineuse, houe rotative) est peu voire pas efficace sur ces espèces et aura une action frénatrice (retard de développement) de ces espèces – à défaut de multiplication. Quelques herbicides en culture sont disponibles, et permettront de finaliser le contrôle. Les premières années seront probablement gérables car bénéficiant de quelques décennies de désherbage ; il sera d’autant plus important d’être vigilant dès le début afin d’éviter l’installation de ces vivaces.

Cette gestion sans glyphosate aura des conséquences en termes :

  • De temps de travaux : la multiplication des passages, même superficiels, nécessitent de la disponibilité,
  • De consommation de carburant : en lien avec le point précédent, même si chaque passage superficiel est peu énergivore,
  • D'érosion et de tassements : cette multiplication des passages, voire labour, peut favoriser la formation de terre fine, qui sera susceptible d’être emportée par les pluies d’automne  ou de printemps ; Sans compter les risques de tassements (surtout avant les implantations printanières – tournesol, maïs) préjudiciables à la bonne implantation des cultures.

 

Pour davantage d'informations sur ces vivaces et d'autres adventices en grandes cultures (clés d'identification, biologie, habitat, facteurs favorables, nuisibilité et méthodes de lutte), rendez-vous sur le site Infloweb.

 

Bibliographie :

Agro Transfert. Biologie et moyen de gestion des adventices vivaces sans herbicides. 2014

ITAB. Désherber mécaniquement les grandes cultures - Vivaces et pluriannuelles. Juin 2012

Agridea. Chiendent technique de lutte- 20.31.1. Février 2008.

Agridea. Chardon technique de lutte – 20.39. mars 2007.

Gasquez J. & Delos M. 2016. A quoi servent les herbicides ? AFPP – 23eme conférence du Columa, journées internationales sur la lutte contre les mauvaises herbes. Dijon – 6, 7 et 8 décembre 2016.

Moore, R. J.  1975. The biology  of Canadian  weeds. 13. Cirsium  arvense  (L.). Can. J. Plant Sci. 55: 1033-1048.

Sciegienka, J. K., Keren, E. N. and Menalled, F. D. 2011. Impact of root fragment dimension, weight, burial depth, and water regime on Cirsium arvense emergence and growth. Can. J. Plant Sci. 91: 1027-1036.

Sebillotte M. 1969. Les modifications des assolements et rotations liées à l’emploi des herbicides. Compte rendu du colloque herbicides et techniques de culture. FNGPC. Versailles 11 & 12 février 1969. 235-275.

Willeke L., Kraehmer H., Gerhards R. & Claupein W. Seasonal variation of the sprouting ability of rhizome/root buds and concentrations of storage compounds in Calystegia sepium (L.) R. Br. and Convolvulus arvensis L. 25th German Conference on Weed Biology and Weed Control, March 13-15, 2012, Braunschweig, Germany.